• La Toussaint


    La Toussaint

     

    Une tradition antillaise...

     

    (Cliquer sur les photos pour les agrandir)

     

           
    Les "Veilleuses"
    (Photos : Caro - 2016)



    "Le 1er novembre est le jour où on honore ses morts et c'est la nuit des illuminations, signe de respect et de reconnaissance.

    Cette fête se prépare deux ou trois semaines à l'avance en allant dans les cimetières pour nettoyer les tombes de sa famille. On arrache les mauvaises herbes, on nettoie les caveaux, on récure, on astique, on repeint pour que tout soit reluisant le jour de la Toussaint. Une tombe bien nettoyée est le signe que l'on s'occupe de ses morts.

    Dans la plupart des cimetières, on aperçoit un grand nombre de caveaux familiaux qui traduisent l'importance accordée aux obsèques et à l'enterrement, ainsi qu'à sa dernière demeure." 



    Lire la suite sur le site Antan Lontan

     
    ***


    Les djobeurs à l'oeuvre depuis plusieurs jours ...
    Des articles de France-Antilles :


    Saint-Joseph 
    « Plus de 167 tombes à nettoyer! »

     
    ***

    L'illumination des tombes,
    une coutume qui resserre les liens


    ***

    Toussaint :
    les  djobeurs font grise mine


     

    ***

     

    Quelques photos des Joyeuses Lucioles ...


    (Cliquez sur les photos pour les agrandir)


    Le cimetière de Sainte-Marie par Michaël :

    Y retourner à la tombée de la nuit pour les illuminations ...


    Le cimetière de Rivière-Pilote
    avec ses tombes décorées, photos de Sofoyal :



            

     
    *** 

    En Guadeloupe, par Mistouflette 

    Le cimetière de Morne-à-l’Eau :



    De nuit !




     Envoyez vos témoignages et vos photos sur le
    Forum des Joyeuses Lucioles

    ICI


    Texte proposé par Émeline


    Patrick Chamoiseau
    A bout  d’enfance

    Edition Gallimard, 2005


    Extrait – Chapitre « Magies »

    « En dehors de l'école, le seul endroit où rencontrer une bonne grappe de Personnes c'était le cimetière. Durant les vacances de la Toussaint, les êtres-humains s'organisaient par bandes dans les deux cimetières, celui des riches, celui des pauvres. 'abord parce que l'on s'y faisait des sous à nettoyer les tombes, les passer à la chaux, à ressusciter les épitaphes sous de fraîches dorures. Ensuite parce qu'au soir de la Toussaint toutes les Personnes de l'univers se retrouvaient dans les alléesen compagnie de leur tribu. Les familles s'agglutinaient autour des tombes resplendissantes. Une galaxie de lumière, accomplie par des milliers de bougies, transformait le champ des morts en frissonnant miracle. Chacun, posé autour du sépulcre familial, se mettait à prier, à songer au défunt, à pleurer ou à en rire selon que sa mémoire lui accordât un résidu de souffrance ou des instants de bonheur ... Mais, en ce temps-là, les êtres-humains étaient immortels et ne se connaissaient aucune filiation. Le négrillon n'avait jamais rencontré la mort dans ses proximités. De génération spontanée comme tous les chevaliers, il avait du mal à établir une relation entre lui et ces arrières-papa-manman qui gisaient sous les blanches fixités de la chaux. Il partait donc, sans émoi ni douleur, en campagne innocente dans les allées du cimetière. Au cœur de sa horde du moment, il affrontait d'autres hordes ennemies à coups de caca-bougies. Des batailles homériques mais bien insuffisantes pour combler ce moment. Il fallait très vite signer des armistices pour s'en aller, vigilant et tranquille, errer de tombe en tombe afin de repérer les étonnantes Personnes ...

    Ô tourment ! ...

    Elles se tenaient auprès des tombes, aussi nombreuses que les fleurs en plastique. Les manmans avaient passé du temps à les rendre ridicules, avec des frisettes de dentelles, des nattes à boucles dorées, des chaussures à œillets, des rubans tortillés, des parfums de campêche ... mais certaines d'entre elles profitaient de ce déguisement pour rayonner bien plus que douze cent mille bougies. Le négrillon découvrait des tombes où des merveilles se tenaient sages à allumer et rallumer les chandelles tremblotantes. Il découvrait de petites koulies dont le regard était des nuits vivantes. De petites mulâtresses à froufrous, déjà hautaines, et qui vous foudroyaient d'un seul bougé de cils. De petites chabines, célestes de toutes les nuances du jaune et du sale caractère, plus vives que des braises d'acacias ... De petites négresses, du bleu au marron tendre, enthousiasmantes d'un impossible qui le laissait estébécoué ...

     

    Quand il avait repéré une Personne-merveille, il lui fallait passer et repasser devant la tombe, voir et se faire voir, et se repaître de son émoi devant ce qu'elle était: un dérangement, une délicieuse contrariété, un pas-possible contre lequel, pour exprimer l'inexprimable, il lui fallait lancer de belles boulettes d'un bon caca-bougie ...

    Dit du Papa : les vieilles filles sont sèches et revêches, aiguës et pointues et presque venimeuses !

    Envoyer une boulette de caca-bougie contre une Personne n'avait rien à voir avec le geste de la chasse, surtout pas avec celui de la guerre, ni même avec ces lancers vifs qui décrochent les mangots ... C'était une projection courbe, huilée d'une main émue, achevée avec cette impulsion qui ramène les boomerangs ... Quand une boulette touchait sa cible, le négrillon éprouvait le sentiment d'avoir fait quelque chose à la Personne. Il ne savait trop quoi mais il lui avait fait quelque chose, peut-être mignonnée du bout tendre de son âme, peut-être touchée d'une sorte sublime ... Quand sa victime réagissait, se tournait pour trouver le lanceur, que ses yeux déployaient les foudres de la recherche, il restait invisible dans la foule, et la regardait le cherchant, et pendant des dizaines de minutes, boulette après boulette, il entrait en relation avec elle, lui invisible, elle le cherchant, dans une proximité inexplicable qui le remplissait d'elle ..."

    ***

    A suivre ...


    Autour de la Toussaint ...

    Un conte écrit par Ludgi L. , élève de sixième
    d'un collège de Martinique :

     
    Le Petit Paysan aux pieds d'or

    Il était une fois un petit garçon du nom de Gino. Il vivait dans une toute petite maison située au bord de la mer dans la ville de Sainte Marie, une petite bourgade dans le nord de la Martinique, sur la côte Atlantique. Il était l'aîné d'une famille de quatre enfants. Jacques le cadet ne s'intéressait qu'aux vieilles voitures, le troisième François était un rêveur et le benjamin Paul paraissait le plus intelligent. Malheureusement à l'âge de dix ans, Gino perdit son père. Il défendait la cause humanitaire comme casque bleu en Côte d'Ivoire et disparut lors d'une mission. Ils vivaient donc avec leur mère. Ils étaient très pauvres.

     

    Tous les matins ils allaient à l'école à pied, elle se situait à trois kilomètres de la maison. Gino allait à l'école, mais il avait un rêve, il voulait être footballeur. Son idole était Zidane mais comme sa mère était très pauvre elle ne pouvait pas l'inscrire dans un club. Tous ses amis venaient jouer sur la plage le jeudi soir, et bien sûr Gino était le plus fort, il marquait but sur but.

     

    Plus le temps passait et plus Gino se demandait comment gagner un peu d'argent, il se mit à réfléchir avec ses frères ... Ils eurent une idée. C'était la Toussaint, période pendant laquelle les martiniquais préparent la fête des morts en rénovant tombes et caveaux, en déposant des gerbes de fleurs toutes aussi magnifiques les unes que les autres et en allumant toutes ces bougies qui à la tombée de la nuit donnent comme une vie magique aux cimetières. C'était le moment où l'on allait parler à un parent ou à un ami trop tôt parti, le moment aussi où, s'attardant dans les allées du cimetière, on remontait le temps en compagnie d'une voisine ou d'un proche.

     

    Les trois frères décidèrent d'aller faire des petits djobs au cimetière. Cette idée d'aller nettoyer les tombes tracassait bien un peu Gino et sa nuit fut agitée de rêves sur la légende des morts qui revenaient hanter les cimetières la veille de la Toussaint.

     

    Le lendemain ils se levèrent de bonne heure et se mirent en route. Ils emportèrent seaux, savon et javel, sans oublier balais, brosses et chiffons. Ils savaient que d'autres djobeurs allaient jusqu'à repeindre tombes et tombeaux, mais ils n'avaient pas le sou pour investir dans de la peinture et des pinceaux.

     

    Arrivés sur les lieux les frères se dispersèrent pour avoir plus de chance, et trouver de bonnes affaires.

     

    Gino vit une dame âgée. « Madame n'auriez vous pas besoin d'un petit nettoyage?» lui demanda-t-il. La mamie l'emmena à sa sépulture, celle où reposait son compagnon. Elle confia sa tombe à Gino avant de continuer son chemin vers une voisine qu'elle venait d'apercevoir.

     

    Et Gino se mit au travail. Il commença à brosser les petits carreaux de céramique blanche mais, à peine avait-il commencé, qu'il entendit une petite voix qui lui dit : «Ne me frotte pas trop fort ... Ne fais pas bouger ma maison ... Vas-y doucement ... Tout doucement ne me fais pas mal ...» Gino sursauta et eut la peur de sa vie! Il regarda autour de lui et ne vit personne d'assez proche qui aurait pu lui faire une sale blague. Non, il avait dû rêver ... Il avait mal dormi, c'était sa mauvaise nuit peuplée de cauchemars qui devait s'attarder. Il se remit à brosser et lorsqu'il commença à rincer, il entendit une nouvelle fois la petite voix qui lui dit: « Juste quelques gouttes, je suis fragile, pas trop d'eau, sinon je vais attraper froid ... » Plus de doute! Elle venait bien de derrière les petits carreaux blancs, d'ailleurs elle était lointaine, comme assourdie par l'épaisseur de la lourde dalle ou par le poids du temps qui passe. Et lui seul devait l'entendre, puisqu'au moment même où elle s'adressait à lui, deux dames qui passaient silencieusement dans l'allée avaient poursuivi leur chemin comme si de rien n'était. Gino se mit à trembler mais, courageux, il continua son travail jusqu'au bout.

     

     

    A la fin de son travail le caveau brillait de mille feux et la voix lui murmura une dernière fois: «Merci de m'avoir si bien nettoyé, va mon enfant, je veillerai sur toi jusqu'à la fin de tes jours.» A sa grande surprise la mamie qui était revenue lui tendit un billet de cinquante euros! Gino fut très surpris: «- Pourquoi madame, c'est beaucoup trop...? Je ne peux pas accepter!» Mais la vieille dame, une lueur maligne au coin de l'œil, lui fit un sourire et lui referma la main sur le billet. Elle partit en lui disant: «C'est moi qui te remercie mon enfant. Je sais que ce n'était pas facile et tu es le seul à avoir réussi.»

     

    Gino souhaitant augmenter ses gains alla de tombes en tombeaux, de caveaux en mausolées, et chaque fois, une voix, parfois masculine, parfois féminine, parfois jeune, parfois vieille, parfois douce comme un sirop de canne, parfois aussi sèche que le coutelas s'abattant sur la canne, mais toujours aimable lui conseillait de frotter, de brosser et d'essuyer avec toute sa vigueur et tout son courage. Il n'était pas très rassuré mais il finit par attendre ces demandes, ces conseils, tous ces petits signes qui n'étaient adressés qu'à lui. Et s'ils tardaient un peu, il commençait même par s'inquiéter. Il se demandait s'il nettoyait bien la demeure de quelqu'un et non une stèle vide et sans âme. Mais toujours une voix finissait par monter vers lui ... Et il frottait, frottait avec toute la vigueur de son jeune âge. Et chaque fois on était satisfait de lui. Et chaque fois on le récompensait généreusement.

     

    Quand le clocher sonna midi ils firent les comptes: ils avaient deux cent soixante-dix euros. Gino qui avait fait neuf tombes avait gagné cent quatre-vingts euros. Une fortune! Et ses frères quatre-vingt-dix euros. Il s'étonnèrent bien un peu de la somme récoltée par leur grand frère mais il ne leur confia pas le secret de sa réussite. Jamais ils ne l'auraient cru. « Une bonne journée! » dit-il en riant. Les trois frères rentrèrent à la maison. Fiers d'eux, ils annoncèrent la nouvelle à leur mère qui fut très surprise.

     

    Elle était très fière de ses quatre fils.

    Elle prit le magot, 
    qu'elle cacha.

    « - Qui a eu cette idée, demanda-t-elle étonnée?

    - C'est Gino, maman, répondirent les trois autres. »

    Elle ne répondit pas. Elle savait déjà ce qu'elle ferait de l'argent.

     

    Le lendemain elle partit de bonne heure, à la grande surprise des enfants. A son retour elle tendit à Gino une carte d'inscription au club de la ville, la Samaritaine, et un grand sac de sport dans lequel il y avait une tenue complète et une petite paire de chaussures. Lorsque Gino vit tout cela, il se mit à sauter dans tous les sens, fit des galipettes sur son lit, remercia sa mère et ses frères, et il fallut toute l'autorité de cette dernière pour qu'il puisse retrouver son calme.

     

    Le mercredi suivant Gino alla s'entraîner. A son arrivée les anciens n'étaient pas très heureux de voir ce nouveau joueur et se disait entre eux: «C'est qui ce petit nouveau ? Regardez sa tenue et ses petites chaussures! Il pense pouvoir prendre notre place, mais il faudra qu'il fasse ses preuves! » Gino jonglait avec les pieds et la tête, tirait, faisait des prouesses, il montrait d'emblée tout ce qu'il savait faire. Et il savait faire beaucoup de choses. Et il épata vite tout le monde.

     

    Tout de suite l'entraîneur le remarqua et le convoqua pour jouer le match de championnat. Un match décisif autant pour le club que pour la suite de la merveilleuse aventure de Gino.

     

    Le samedi suivant ils rencontrèrent la Gauloise, un club de la ville d'à côté, un derby comme on dit dans le langage du foot. Gino étant le dernier arrivé, n'était pas titulaire. Assis sur le banc des remplaçants il rongeait son frein. L'entraîneur attendait le bon moment pour le faire entrer sur le terrain. Et ce moment arriva au cours de la deuxième mi- temps. Il marqua deux buts alors qu'ils étaient menés deux à un, ce qui fut déterminant. Ils gagnèrent trois buts à deux. Toute la famille était présente et fière de Gino qui fut porté triomphalement tout autour du stade, sous les acclamations d'une foule en délire.

     

    A la fin l'entraîneur vit la mère et lui dit: «Votre fils est voué à un grand avenir dans le football, mais il faudra qu'il quitte le pays. » Sa mère très fière, fut malgré tout paniquée: « Mon fils, quittant la Martinique? Euh ... Je réfléchirai. .. »

     

    Gino continua son entraînement, mais son talent l'obligea à partir.

     

    Quelques années après, Gino arriva dans le centre de formation de Lyon. Très vite il devint l'un des meilleurs espoirs français. A l'âge de dix-neuf ans, il intégra l'équipe première et marqua quinze buts au cours de sa première saison au club. Gino se sentait pousser des ailes, il avait comme l'impression qu'une force mystérieuse le poussait en avant, qu'il était protégé. Il faut croire que la légende du cimetière portait ses fruits.

     

    Tous les mois il envoyait de l'argent à sa mère et sa famille surmontait enfin les problèmes quotidiens.

     

    Il devint « ballon d'or» à vingt-quatre ans, ainsi sa famille put-elle vivre aisément grâce à lui.

     

    Ce qui étonnait tout le monde, c'est que chaque fois qu'il revenait au pays, il se rendait au cimetière de Sainte Marie. Ce que personne ne savait c'est qu'il s'y rendait pour discuter avec ces voix mystérieuses qui d'après lui le protégeaient et le guidaient, et avaient fait chavirer sa vie.

     

    Que pouvaient-ils se dire dans le silence du cimetière? Je pense que personne ne le saura jamais ...

     

    Ludgi L. - 6ème
    Année scolaire 2006-2007


    Texte transmis par Yvon de la part d'une amie Professeur de français, extrait d'un petit recueil dans le cadre d'un atelier d'écriture en classes de 6ème et 5éme.


     Quelques cimetières ...

     

    Le cimetière du Marin
    illuminé par le coucher du soleil

    Photo : Yvon 


    Le cimetière et l'église
    des Trois-Îlets

    Photo : Renée

     

    Le cimetière marin
    de Macouba

    Photo : Edgar


    Fonds-Saint-Denis
    Le cimetière derrière l'église
    adossé à la forêt tropicale

    Photo : Karin

     

    Grand Rivière
    Le cimetière marin

    Photo : Michaël

     

    La Trinité
    Un caveau monumental

    Photo : Edgar

     

     Le cimetière marin
    de Bellefontaine

     Photo : Yvon


      Retour à la rubrique
    "Coutumes et traditions"


     

     


    Tags Tags : ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :