• Nwèl !


    N
    wèl !

    Quelques textes et documents
    (vos propositions seront les bienvenues)

    Antan lontan ...


     

     

     « C'est la fête pendant plusieurs jours.

    Nos parents nous racontaient qu'autrefois, lorsqu'ils étaient encore petits,
    Noël commençait bien avant Noël. » 
    La suite ICI



     

    « J'aimais la saison où les cannes à sucre pointaient leurs flèches vers le ciel, saison annonciatrice des festivités de Noël. En prévision des jours chômés, dès la fin du mois de novembre, ma mère commençait à préparer le shrubb (1) en faisant macérer dans du rhum des peaux d'oranges séchées. Elle préparait aussi de l'anisette ainsi que du sirop de groseilles pour aromatiser les petits punchs.

    Les réjouissances démarraient dès le premier jour de l'Avent par des «chanté Noël» qui rassemblaient les familles et les amis et égayaient la campagne jusqu'au ving-cinq décembre. 

    Chaque soir, nous nous regroupions chez monsieur ou madame Untel pour chanter des cantiques (2) et nous chantions, chantions, jusqu'au milieu de la nuit, la naissance prochaine du Christ. Tambours, ti-bois, sillac (3), chachas, harmonica, violon, accompagnaient le tout. Sur des rythmes de biguine, de mazurka ou de valse, les nuits s'écoulaient joyeuses. La maîtresse de maison ne manquait pas de régaler l'assistance avec de bons petits plats arrosés de rhum et de shrubb. Et le lendemain soir, nous recommencions chez la voisine d'à-côté.

     La plupart des familles vivant à la campagne ou possédant un jardin, soignaient des porcs. Enfermés dans un parc, un coin du jardin délimité par quelques planches, les cochons étaient engraissés tout au long de l'année. On les nourrissait de fruits et de légumes divers, d'épluchures, de restes de repas. Ils ne sont pas difficiles: ils mangent de tout. Noël n'était pas une bonne période pour les cochons car il était coutume de sacrifier le plus grassouillet d'entre eux pour les ripailles de fin d'année.

    J'accompagnais quelquefois ma mère qui allait donner un coup de main lors de l'abattage d'un cochon.

    […] (Suit sur quelques chapitres, la « cérémonie » de l’abattage, du grattage et du dépeçage du cochon )

    La nuit de Noël débutait obligatoirement par la messe de minuit car Noël est avant tout une fête chrétienne et, en tout bon chrétien, c'était une obligation d'assister à l'office. Ensuite, place à la fête où le «chanté Noël» reprenait avec beaucoup d'entrain. Nous faisions bombance en dégustant les nombreux plats qui caractérisaient et caractérisent encore le Noël antillais: jambon fumé, pâtés à la viande, boudin bien pimenté, ragoût de porc, pois d'Angole, ignames, gâteaux et mandarines pour terminer le repas. Les grandes personnes arrosaient toutes ces bonnes choses de rhum, de ti-punchs à base de sirop de groseilles, d'anisette ou de shrubb. Noël était une fête collective, une liesse générale. Durant cette nuit de la nativité, nous allions, par petits groupes, festoyer de maison en maison jusqu'à l'aube.

    Dans les familles modestes, point de Père-Noël, ni de cadeau à profusion. Ma mère ne nous achetait jamais de jouets dans les magasins parce qu'elle avait autre chose à faire avec son argent. Nous nous contentions d'une sucrerie ou d'un simple ballon de baudruche que nous recevions le plus souvent pour les étrennes du Jour de l'An.

    Nos jouets, nous les fabriquions nous-mêmes. Nous faisions des cerfs-volants, des toupies en bois, des cerceaux, des yoyo avec une ficelle et un gros bouton, des lance-pierres qui nous permettaient de mener la vie dure aux anolis (4)  . Les filles se confectionnaient des poupées en tissu, des matrones, et pour jouer à la dînette, elles utilisaient tout ce que la nature leur offrait: certaines feuilles d'arbres constituaient des assiettes, les fleurs, pétales ou bourgeons, représentaient la nourriture. Il suffisait d'avoir un peu d'imagination! Tout ce dont les adultes ne se servaient plus, nous le récupérions. Les bobines de fil vides des couturières étaient très recherchées. Elles étaient en bois et elles nous permettaient de fabriquer, entre autres, des roues pour nos voitures ou des tricotins pour les filles.

    Le Jour de l'An, nous faisions aussi la fête, mais modérément, raconte ma mère.

    […]

    1. Liqueur à base de peaux d'oranges séchées et de rhum servi traditionnellement à Noël.
      2. Chants de Noël.
      3. Instrument de musique traditionnelle composé d'une baguette que l'on
      frotte sur un bambou strié.
      4. Petit lézard vert très répandu aux Antilles.

    Marie-André BLAMEBLE
    La Martinique de mes parents – Souvenirs d’enfance
    L’Harmattan, 2004





    « Commença une longue attente, ô frères, la plus terrible je crois de nos communes enfances. Décembre était là, ses vents, ses coulées de froid, nez gonflé, estomacs saisis, toux quinteuses et vieilles grippes. Les soirs charriaient plein de couleurs et les journées posaient leur teint sur des lumières changeantes, des soleils mols, des pluies ruées souvent de lumineux nuages. Nous restions vigilants. Nous comptions les couteaux, les bassines, mais Man Ninotte ne semblait préparer qu'un Noël sans cochon. Elle se préoccupait des pelures d'oranges de son schrubb. Elle mignonnait son jambon salé, ses confits, ses autres douceurs accumulées dans le placard en attendant les jours de joie. Nous ne l'entendîmes promettre à quiconque la moindre côtelette, et nul ne lui transmit un petit mot d'une madame d'à-côté inquiète coutumière d'un kilo pas trop gras. Rien. Noël approchait, riche de ses cantiques nocturnes entonnés à la radio et répercutés parmi nous dans l'assemblée de l'escalier. Seul Matador pressentit son destin. Il aurait pu nous l'apprendre si nous avions su lire dans ses yeux, décoder ses grognements, comprendre sa langueur branchée à l'obscure prescience de la fatalité.

    Marcel dut œuvrer en pleine nuit, et s'arrangea pour être loin lorsque nous nous réveillâmes, ne nous laissant de Matador qu'une masse blanchâtre, sanguinolente, que Man Ninotte tranchait au coutelas et répartissait dans du papier journal pour offrir aux familles de la maison, au médecin qui nous soignait, au pharmacien qui lui accordait les médicaments, aux Syriens qui la dépannaient. Le reste revenait à elle-même, en salaisons, gigots, côtelettes, tête-cochon, boudin, que nous n'eûmes ni le goût ni le cœur à manger. Je parle d'un Noël sinon amer, du moins très sobre.

    Mémoire, je vois ton jeu: tu prends racine et te structures dans l'imagination, et cette dernière ne fleurit qu'avec toi.

    Nul souvenir d'un autre cochon-planche en succession de Matador. La souffrance est un vaccin sévère. Elle avait dû nous préparer à ne pas nous attacher aux cochons de Noël. Les autres passèrent sans doute dans une relative indifférence, un peu comme le rhum indiffère la gorge déjà brûlée. Du temps des cochons ne subsiste que Noël, rien de religieux, mais une vie autrement généreuse, dispensatrice pour nous d'un peu de tolérance. On pouvait crier, chanter, manger charge de sucreries, se coucher tard, réclamer des contes. Le couloir qui reliait les familles demeurait peuplé jusqu'au plus noir du soir. Les manmans recevaient des visites, et préparaient préparaient préparaient les bombances du lendemain. L'air puisait ses parures dans les fours à gâteaux, dans la vapeur des fricassées, dans le bouchon poreux des liqueurs bienheureuses que l'on nous instillait dessous de gros glaçons. Man Ninotte allait d'un autre allant. Pour elle, comme pour les autres négresses en combat de survie, l'année finissante avait été vaincue, son lot de misères bien battu. On pouvait en rassembler les débris avec les poussières de la maison et les balancer ensemble afin de laisser place aux espoirs rafraîchis. Cette époque recèle un temps cérémonial : la préparation de la crèche. » 

    […]

     Patrick Chamoiseau 

    Une enfance créole 1 – Antan d’enfance.
    Gallimard, 1996



     An nou chanté Nwèl


    Recueil de cantiques
    dans toutes les librairies de la Martinique


    Quelques enregistrements ...
    Cliquez pour écouter !





    Quelques dates des  
    Chanté Noël 2016
    sur ces sites (entre autres) : 

     


    Et sur CocoNews, les paroles de la plupart des
    CANTIQUES DE NOËL

     



    A complèter...
    Vos vidéos personnelles
    seront les bienvenues.




    Groseille-pays début décembre 2015
    (Photo : Yvon)


    Et n’oubliez pas le sirop de groseille 
    pour le ti punch de Noël!


    Groseille-pays le 20 novembre 2016
    (Photo : Michaël)

    Une recette simple 
    ICI

          
    Belle récolte, en vente sur le marché
    Photos : Edgar (Début décembre 2014) - Nicole (mi-novembre 2016)

    Le "décorticage" de la groseille-pays par Fritz
    (Cliquer sur les photos pour les agrandir)

          

     


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    "Coutumes et traditions"


     

     


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  • Commentaires

    1
    Mercredi 23 Novembre 2016 à 17:21

    Deux très beaux textes, de belles photos et des liens intéressants et utiles (merci pour les agendas des chantés Nwèl )!

    Ce blog prend de plus en plus une belle dimension ! Bravo ! 

    Rosa

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