• La Canne à sucre

     

    La Canne à sucre


    Fin novembre, 
    la canne commence à fleurir ... 


    A Tartane (Fond Basile) - Photo de Karin
     

     

    La canne à sucre fut introduite en 1650, sur l’île et sa monoculture est privilégiée vers 1700. Cela permet la fabrication du sucre (de canne) et du rhum. Son histoire est malheureusement intimement liée au commerce triangulaire et à l'esclavage ...

     


    (Photo : Hervé)

    Le site de La Batterie (Trinité) avant et après la récolte
    (Cliquer sur les photos pour les agrandir)


    (Photo : Dru)

     

    Informations - Textes - Photos

     


     

    Début d’un recueil de textes 
    sur  la Canne à sucre

     

    Vos contributions seront les bienvenues, 
    à transmettre en commentaires,
    ci-dessous, ou sur le Forum des Joyeuses Lucioles

    accompagnées 
    éventuellement de photos .


    Un texte proposé par Hervé 

    « CANNE, DOULEUR 
    SÉCULAIRE, Ô TENDRESSE !



       "Les mains, dont les paumes tannées ne se distinguent plus du dos, empoignent les tiges ravinées de sécheresse, dans des gestes d'une extrême douceur. C’est que la canne sécrète tendresse et rancune. Elle balafre, gratelle, écorche, strie leurs rêves d'indélébiles marques - les déchiffrer est une Histoire - mais elle sait aussi tisser sa chevelure blanc argenté dans le vent pour faire chamader les cœurs. En son beau mitan s'élève le chanter amoureux du sucre, les quatre notes secrètes grâce auxquelles les champs à flanc de morne emparadisent l'air vibrant du matin.

     
      Leurs visages semblent sculptés dans du basalte noir. S'y lit la tranquille détermination de ceux qui ne demandent ni faveur ni prébende au destin et c'est pourquoi chacun de leurs gestes est nourri d'une si parfaite précision. Ils savent l'art de plier la lame du coutelas jusqu’en son point de distorsion tandis que la meule crécelle comme au jour du vendredi saint. Et ils ne sourient ni ne s'émeuvent ni ne s'indiffèrent. Être à leur affaire, partir à l'assaut des bataillons serrés des cannes, telle est leur prochaine destination.œ Devant leurs yeux se donnent à contempler (pour cela, il faut d'abord passer le coutelas derrière ses épaules et le tenir des deux bords) des étendues qui ne sont monotones et immobiles que pour l'étranger. Car la canne vit, chaque pied de canne vit, chaque pied de canne crie la souffrance du Nègre et de l’Indien tout en exaltant – ô paradoxe !- le futur : c’est le sucre roux qui glisse entre les doigts plus vitement-pressé que s’il était prisonnier de quelque sablier et c’est l’élixir qui chahute dans les colonnes à distiller sa chaleur fauve."



    Raphaël Confiant - La Panse du chacal, roman
    Mercure de France, 2004 (existe en poche)




     Un texte proposé par Edgar

     

    La Rue Cases-Nègres 

     

    Dans les années 1930, en Martinique … 

    José vit à Petit-Morne et, plus précisément, dans la rue Cases-Nègres. Il est élevé par sa grand-mère, qu'il surnomme M'man Tine. Sa mère est partie travailler en ville à Fort-de-France. José, avec tous les petits enfants du bourg, quand ils ne travaillent pas encore aux champs, passe ses journées à traîner dans la rue à s'amuser. M'man Tine travaille elle aussi dans les champs. José l’accompagne parfois … 

     

      "Donc, le lendemain matin, je suivis m'man Tine à son travail. Je me figurais que tous les gens travaillaient au même endroit et que nous, les enfants, nous allions pouvoir nous retrouver et jouer ensemble. Mais m'man Tine et moi nous étions immergés dans les feuilles de canne à sucre que le vent faisait bruire toute la journée; toute la journée, nous étions seuls là, ne découvrant rien hors du champ, et je n'avais même pas une idée de l'endroit où je me trouvais.

      M'man Tine raclait le sol, avec sa houe, assemblait les mauvaises herbes et la terre fine au pied de chaque touffe de cannes. Mais les herbes paraissaient difficiles à couper avec la houe. Ma grand-mère frappait fort du tranchant de l'outil en faisant: «hin ! hin ! » et, de temps en temps, elle se redressait en portant une main derrière elle, comme pour aider ses reins. Et elle faisait une grimace atroce. 

       Je restais assis à côté de son panier de bambou, entre deux touffes de cannes qu'elle avait reliées par un nœud aux extrémités des feuilles pour donner plus d'ombrage. Lorsque, ayant avancé dans son travail. elle ne me voyait plus derrière, elle revenait me chercher et me faisait un autre abri. 

     […]

      Puis il y eut la récolte. Cette période nous avait toujours semblé un festival. 

      Nous, les enfants, nous pouvions alors sucer des bouts de canne à sucre pendant toute la journée. Nous allions en chercher dans les champs. Nos parents nous en apportaient. Nous en sucions tellement que le jus en coulait de nos bouches, trempant nos vêtements en laissant un glacis sur le ventre nu de mes camarades. 

      Mais cette fois-là, je n'avais pas la peine de me déplacer pour aller chercher des cannes à sucre. Je n'avais même pas besoin de demander la permission d’en prendre. J'étais avec ma grand-mère dans le champ même. 

      Dès le matin, je me servais des premières cannes qu'on coupait et sans rien dire -car j'étais un enfant taciturne et timide- tout en m'amusant avec un fétu de paille, une pelure de canne laquée et bariolée, un rien ; j'écoutais les chansons par lesquelles les coupeurs et les ramasseuses donnaient de la vigueur et de la grâce à leurs gestes. 
      Je les suivais, je me pénétrais de chacun de leurs mouvements. Tout était admirable: leur demi-nudité noire ou bronzée, leurs haillons crasseux, avivés par la lumière, la sueur qui les inondait, qui plaquait le long de leur dos et sur leur poitrine des reflets répondant à l'éclair qu'allumaient les coutelas à chaque brandissement de bras ; l'espèce de bruit de fond accumulé par la paille piétinée, les « amarres» jetées en arrière et rattrapées par les amarreuses pour ligoter les dix cannes du paquet, le tassement des dix paquets en une pile ; ces chansons qui ne cessaient pas, de temps en temps ponctuées d'un ébrouement ou d'un sifflement aigu échappé d'une poitrine au paroxysme de l'effort. 

      Cette vaste musique qui englobe aussi le geignement des cabrouets, le trot des mulets, les jurons des charretiers et des muletiers ; ces chansons touffues, ces intarissables mélopées m'ont envoûté, m'oppressant tellement que, pour ne pas étouffer, je chante, moi aussi : 

                        De 'nier bagage pour' en homme fait 
                        c'est aille travaille
                        à la Ti-Mo'ne.  

      A force de répéter, de répéter les mêmes paroles, le même air, cela finit par descendre jusqu'au fond de moi et me pèse comme une vague tristesse. Je m'arrête. 

                       C'est aille travaille 
                       à la Ti-Mo'ne.  

      Mais tout le champ continue de travailler obstinément et de moduler, sur un rythme accéléré, toujours les mêmes paroles sur le même air. 

      Les travailleurs semblaient aimer la récolte. Ils disaient qu'ils gagnaient alors plus d'argent. Moi aussi, j'aimais la récolte, parce que le samedi soir il y avait plus de marchands autour du bureau et à la rue Cases, et la fête durait plus longtemps. "


    Joseph Zobel – La Rue Cases-Nègres
    , roman

    Présence Africaine, 1974 (première parution en 1950) 



     

    Texte proposé par Émeline

    Et je me trouvai d'un seul coup 
    plongée au cœur de la malédiction …

    Télumée, raconte sa vie, en même temps que celle de sa famille et de son peuple guadeloupéen.   Paysanne née après l’abolition de l’esclavage, elle a été élevée par sa grand-mère surnommée « Reine sans nom ».   Télumée a énormément souffert du racisme, de la violence conjugale, de la pauvreté et de la mort de tous ses bien-aimés, et elle finit par travailler dans les plantations de canne à sucre …

       "Le lendemain, à la nuit encore noire, je descendis chez Olympe qui me donna un peu de braise pour amorcer mon feu, comme elle le ferait durant de longues années, jusqu'à mon départ du morne La Folie. Puis, chacune ayant fait cuire sa gamelle, nous prîmes en silence la route qui descendait vers la vallée, vers les champs de cannes de l'usine à sucre. Nous avancions à la clarté déclinante des étoiles, suivies et précédées de travailleurs qui prenaient le même chemin, en un cortège de fantômes indécis, hagards, où luisait par instants l'éclair d'un coutelas, d'une bouche rieuse dans l'ombre, d'un anneau étincelant à l'oreille d'une femme devant nous, qui avançait d'un pas de somnambule, la tête surmontée d'un panier où dormait encore son enfant. Plusieurs avaient aussi de la marmaille qui suivait en geignant, parfois deux ou trois enfants accrochés à une même jupe et se laissant haler comme des poissons dans l'aube, les yeux fermés, les bouches gonflées de sommeil. Olympe avançait tranquillement, son coutelas tenu à plat sur l'épaule, comme un fusil, une bouteille de rhum sur la tête et les jambes entièrement recouvertes de chiffons assurés par des lianes. J'allais à ses côtés, mais légèrement en retrait, comme pour marquer sa prééminence, et voyant les enfants des cannes je me demandais où étaient les miens, pendant ce temps-là ?… dans mon ventre ils étaient, agrippés à mes boyaux et c'est là qu'ils devaient rester, tout au fond de mes intestins, jusqu'à nouvel ordre, me disais-je.

       En bas, au fond de la vallée, les champs de cannes ondulaient sous la brise et les coupeurs se mettaient en ligne, pour attaquer la vague d'un seul mouvement de cent coutelas, suivis des amarreuses qui séparaient les flèches, les pailles de fourrage, les tronçons pleins de jus qu'elles ligaturaient hâtivement, réunissaient en piles derrière leurs coupeurs attitrés. Déjà, en bordure du champ, un petit train sucrier filait à pleine charge vers les hautes cheminées de l'Usine qui rougeoyaient dans le lointain. Un contremaître me désigna ma tâche et je me trouvai d'un seul coup plongée au cœur de la malédiction. Les sabres coupaient au ras du sol et les tiges s'affaissaient, les piquants voltigeaient, s'insinuaient partout, dans mes reins, mon dos, mon nez, mes jambes, pareils à des éclats de verre. Sur le conseil d'Olympe, j'avais entouré mes mains de bandages serrés très fort, mais ces diables de piquants s'enfonçaient dans le linge, mes doigts comprimés ne m'obéissaient plus et bientôt je rejetai toutes ces bandes, entrai carrément dans le feu des cannes. Olympe y allait de son coutelas comme un homme et j'amassais derrière elle, courant penchée, ficelant penchée, triant et empilant le plus vite possible, pour ne pas être en reste avec les femmes qui s'exécutaient sans une plainte, autour de moi, anxieuses d'arriver aux vingt piles qui constituent une journée, vingt piles de vingt-cinq paquets, dix mille coups de coutelas, quelques pièces de zinc aux initiales de l'Usine, morue sèche, huile, sel, farine France et rhum de l'Usine, mélasse de l'Usine, sucre brut de l'Usine au prix obligatoire de l'Usine, passe-passe, deux sous pour un. Peu à peu, je me faisais maudite et quelques jours plus tard, je n'attachais plus les cannes mais j'y entrais avec mon vieux coutelas, dans la voltige des piquants et des essaims d'abeilles, de frelons qui se levaient avec le soleil, attirés par les vapeurs lourdes et enivrantes du jus de canne frais. J'allais déjà au même rythme qu'Olympe, je prenais le roulement des hommes et bientôt je sus que les poignets de petite mère Victoire, ceux qu'elle avait mis au bout de mes bras, étaient de fer. Nous arrivions à pied d'œuvre sur les quatre heures du matin, mais c’est sur les neuf heures que le soleil était assez haut dans le ciel pour tomber sur nous, véritablement transpercer les chapeaux de paille et les robes, les peaux humaines. Là, dans le feu du ciel et des piquants, je transpirais toute l'eau que ma mère avait déposée dans mon corps. Et je compris enfin ce qu'est le nègre: vent et voile à la fois, tambourier et danseur en même temps, feinteur de première, s'efforçant de récolter par pleins paniers cette douceur qui tombe du ciel, par endroits, et la douceur qui ne tombe pas sur lui, il la forge, et c'est au moins ce qu’il possède, s'il n'a rien. Et voyant cela j'ai commencé à boire par petites lampées de rhum, et puis par grandes rasades pour aider la sueur à couler, à sortir de mes pores. Et j'ai plié une feuille de tabac et j'en ai bourré ma pipe, et j'ai commencé à fumer comme si j'étais née avec ça dans mon bec, Et je me disais, c'est là, au milieu des piquants de la canne, c'est là qu'un nègre doit se trouver. Mais le soir, quand je rentrais au morne La Folie, la toile à sac autour du ventre, les mains et le visage fendus, je me sentais envahie d'une tristesse légère, souriante, et je songeais alors qu'à rouler ainsi dans les cannes je me changerais en bête et la mère des hommes elle-même ne me reconnaîtrait plus. Je poussais la porte de ma case, je mangeais un peu de chaud, j'allumais un bout de bougie pour la Reine et là-dessus un notre père, j'étais sur ma paillasse à fermer les yeux sur tout cela. Et parfois je ne me déshabillais même pas, tombais comme une pierre. Et le jour se levait, et je reprenais ma route avec la sueur de la veille, les piquants de la veille, et j'arrivais sur la terre de l'usine et je brandissais mon coutelas, et je hachais ma peine comme tout le monde, et quelqu'un se mettait à chanter et notre peine à tous tombait dans la chanson, et c'était ça, la vie dans les cannes. Et de temps en temps je m'arrêtais, histoire de remettre les choses en place, un peu, dans mon esprit, et je me disais souriante déjà, rassérénée... il y a un Dieu pour chaque chose, un Dieu pour le bœuf un Dieu pour le charretier ... et puis je répétais à mon corps, tranquillement : voilà où un nègre doit se trouver, voilà."

     

    Simone Schwarz-Bart – Pluie et vent sur Télumée Miracle, roman
    Editions du Seuil - 1972



     

    Texte proposé par Émeline

    Avant le pipiri, le commandeur sifflait...

    Dans le roman « Chronique des Sept misères » de Patrick Chamoiseau, le héros, Pipi, roi des djobeurs, réussi à entrer en contact avec le zombi Afoukal, esclave assassiné par son maître béké. Afoukal est censé garder une jarre enterrée remplie d’or mais au lieu de révéler à Pipi ce trésor matériel, il veut lui faire découvrir de plus précieuses richesses, celles de la mémoire, fondatrices de son peuple. Parmi ces « dix-huit paroles rêvées qu’Afoukal lui », on trouve celles-ci :

     

    3 - Avant le pipiri, le commandeur sifflait. Son fouet souvent claquait. Au loin vibraient les cloches des grandes habitations. Défilés, raides encore de sommeil, au rythme de l'appel de l'économe. Nous débouchions alors sur la prière à dire et le petit-manger. La demi-nuit et le vent encore froid nous forçaient à parler à voix basse. N'imagine pas de misère ou de détresse, mais des réflexes bien agencés où il n'était nullement besoin d'Exister. Nous partions vers les champs sans même lever la tête. Les Bêtes-longues savaient nous vaincre quand, courbés vers la terre, nous peignions de longs cheveux brûlants. N'imagine pas de douleur (elle était trop absolue pour être quotidienne), mais le lent vertige de l'absence. A midi, la trop-vieille nous amenait les salaisons, les bananes bouillies, le manioc et la guildive. Nous mangions chaud et la parole montait (parole neuve, forgée là dans les champs). A ce moment le corps s'installait dans la douleur: les mains étaient à vif, les égratignures des méchantes herbes chantaient. Le commandeur, au fouet ou au sifflet, relançait le travail. Et le champ nous avalait jusqu'à l'anus nocturne. Pense à cela, répété mille fois, avec les incompréhensibles coups de coutelas entre nous, les morts empoisonnées offertes par les Bêtes-longues, et la mort de chaque heure dans l'acceptation comme fatale de cette lente noyade.


    4 - Imagine cela : tu descends du bateau, non dans un monde nouveau mais dans UNE AUTRE VIE. Ce que tu croyais essentiel se disperse, balance inutile. Une longue ravine creuse sa trace en toi. Tu n'es plus qu'abîme. Il fallait vraiment renaître pour survivre. Quelle impure gestation, quel enfer utérin, roye roye roye!


    5 - Au moulin, il valait mieux être celui qui glissait entre les cylindres la canne fraîche: la dure que tu pousses de loin dans la gueule mécanique. Mais pense au second, celui qui durant des milliers de journées reprend la canne déjà passée, plate, effilochée, trop molle pour bien accrocher aux cylindres et qu'il faut accompagner à la main au plus près des rouleaux. Que passe la fatigue, ou un rêve, ou un appel angoissé d'un aimé du pays-loin ou alors un coup de soleil, une glissée de sueur dans les yeux, un vertige qui germe... voici le doigt happé! La bête est réveillée dans un inexorable chuintement d'os et de chairs écrasés. La main s'engage devant tes yeux impuissants. Puis le bras. L'épaule. Tu cries à peine. Le jus de canne rouille de sang et de moelle. L'eau de ton âme est extirpée et coule dans les baquets. Quoi de plus horrible qu'un moulin à sucre bloqué par une tête de nègre, dure mais grimaçante? (Alors voilà : le second devint porteur du coutelas. Si le doigt était pris et s'il en avait le courage, il devait se trancher le bras. C'était quand même mieux, disait le maître. C'est sûr. De plus, au moulin, la viande  salée était doublée et la guildive à volonté. C'était quand même mieux, disait le maître. C'est sûr.)

     

    6 - Nous allions en arrière pour le piquage et les trous. En avant pour le sarclage. Notre rangée couvrait le champ. Derrière, l'homme du vocal disait le Cogo. Les reins prenaient les coups et les têtes ballottaient. Le soleil est lourd à ces heures. La terre était belle et nous touchait l'épaule. Certains pouvaient lui parler. Elle était, paraît-il, très étonnée de nous. Les grosses pluies nous fourraient sous les sacs par lots de trois. La tête entre les genoux, nous regardions la terre recracher l'eau entre nos orteils. Les escargots et les vers sortaient. Impossible de les compter, car les gouttes nous hypnotisaient. Le pas du commandeur naviguait dans la boue, il allait-revenait, comptant nos tas : troupes de tortues rentrées, frileuses sous le malheur. Est-ce que cela s'est perdu, l'hypnose de la pluie?

     

    Patrick Chamoiseau – Chronique des Sept misères, roman 
    Gallimard, 1986 (existe en collection de poche)



     

    Poème d'Aimé Césaire
    proposé par Emeline


    Parfum de canne à sucre


    La canne avait fleuri dans les champs symétriques
    Où l’Histoire s’érige en pyramides noires
    Des nappes de fleurs blanches avaient comme une tunique 
    Couvert des corps ébène imberbes et faméliques
    L’odeur de la mélasse sortait des cheminées
    En lignes verticales abondamment sucrées
    Des femmes en sari sales leur faucille à la main 
    Formaient des petits cercles assises sur la paille 
    Et sur leur peau cuivrée brûlée par le soleil
    On pouvait voir naître de fins cristaux de sel
    Qui poudraient leur visage d’un léger teint d’ivoire 
    J’entends encore parfois lorsque le vent se lève 
    Ces chants nostalgiques sifflant avec fièvre 
    L’avenir n’est rien si on ne se souvient pas 


    Aimé Césaire
    (Nous recherchons de quel recueil ce poème est extrait.
    Si quelqu'un sait ...)


      Texte proposé par Mistouflette

     

    Ode à la canne

     

    Hier encore,
    Toutes parées de vos élégantes flèches,
    Le bruissement de vos feuilles étroites
    Bercées par les Alizées en un gazouillement incessant,
    Reflétait encore la vie.

    Aujourd'hui, tel un ouragan,
    Des coutelas contre vous viennent s'acharner,
    Tandis qu'en un bruit assourdissant de feuilles froissées,
    Vous entonnez en choeur le chant de l'agonie.

    Aussitôt, comme des choses mortes, vous gisez,
    Tout de suite desséchées, tout de suite jaunies.

    Demain vous serez broyées..... l'inéluctable jus,
    de chaudière en cuve, de cuve en chaudière, passera afin d'en 
    extraire ce délicieux sucre de canne.
    Et notre délectable rhum, tel un ruisseau, s'écoulera à flots
    par 
    delà le monde.

    Buvez-en!
    Mais attention.....buvez-en avec modération!

    J. Coësy


     

      Texte  (et photo) proposés
    par Mistouflette
     

     

     

     

    Hier encore,
    Toutes parées
    De vos élégantes flèches,
    Le bruissement de vos feuilles étroites
    Bercées par les alizées,
    En un gazouillement incessant,
    Reflétait encore la vie.

    Aujourd'hui,
    Tel un ouragan,
    Des coutelas contre vous, 
    Viennent s'acharner,
    Tandis qu'en un bruit assourdissant
    De feuilles froissées,
    Vous entonnez en choeur
    Le chant de l'agonie.
    Aussitôt,
    Comme des choses mortes vous gisez,
    Tout de suite désséchées, 
    Tout de suite jaunies.
    Demain vous serez broyées:
    L'inéluctable jus,
    De chaudière en cuve,
    De cuve en chaudière,
    Passera, afin d'en extraire
    Ce délicieux sucre de canne.
    Et notre délectable rhum,
    Tel un ruisseau,
    S'écoulera à flots
    Par delà le monde.

    Buvez-en!
    Mais, attention!
    Buvez-en!
    Avec modération.
    Car,
    Qui en boit une fois,
    En boira deux,
    En boira trois.
    Buvez!
    Mais attention!
    Buvez!
    Avec modération

    Ecrit le 01 MARS 2012 par J COËSI



    J'ai recopié ce texte affiché dans un petit lolo
    après Rivière Sens en Guadeloupe que j'ai adoré !


    A consulter 
     "La Martinique et la Canne à Sucre" 

     Ainsi que le site  « Rhum agricole » , très complet 

     et  un article de Wikipédia 

    Une sélection de cartes postales anciennes 
    (HC Editions, 2006)

    Voir aussi sur ce blog :
    Les Distilleries
    (en cours de mise à jour)

    et sur le site Zananas : 
    Patrimoine Martinique - Les Rhumeries


     

    A visiter ...

    La maison de la canne aux Trois-Îlets


    Photo de Jeannette 

    "Fondée dans les murs de l'ancienne distillerie de Vatable, la maison de la canne présente l'histoire de la canne à sucre depuis son introduction en Martinique au milieu du XVIIème siècle, et met l'accent sur le système esclavagiste qui lui est intimement lié." -  Suite sur le site Zananas  ICI


     


    En cours, la

    GALERIE PHOTO
    sur ce blog

     


     

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 15 Novembre à 07:14

    Bonjour, un très bel article, de superbes photos, merci de partager. Bonne journée

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